Dec 1, 2016

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M. Nussbaum - report

DURÉE DU SÉJOUR

Août 2013 – Janvier 2014

UNIVERSITÉ VISITÉE

Harvard Law School, Cambridge, Massachussetts, USA

FACULTÉ

Droit

IMPRESSIONS GÉNÉRALES

Harvard Law School est une grande fourmilière, ce d’autant plus qu’elle jouxte la faculté des Sciences et l’ « undergraduate school » du système anglo-saxon. On peut marcher longuement et rester au cœur-même de ces bâtiments couleur brique, de ces allées pavées et de ces grands arbres immobiles. Bien qu’on soit perpétuellement entourés de touristes frénétiques, on sent l’atmosphère d’un lieu centenaire qui a formé les plus grands de ce monde. Ce charme de Nouvelle-Angleterre se révèle d’autant plus en automne, lorsque les arbres prennent des couleurs de feu et qu’il est possible de profiter du paysage en plein été indien.

C’est sur la rivière Charles, qu’au mois de novembre, les régates d’aviron sont organisées. L’aviron est un sport très important à Harvard. L’université jouit d’une situation parfaite à côté d’une des rivières qui s’y prêtent le mieux.

Un autre lieu incontournable à mentionner, et où j’ai accessoirement passé énormément de temps ce semestre, est la Law School Library. Celle-ci étant la plus complète du monde, j’étais curieuse de voir à quoi elle ressemblait. Je n’ai pas été déçue. Le hall central est un mélange savant entre modernité et tradition. Les ouvrages s’y alignent et beaucoup sont centenaires. Il y règne, là encore, une atmosphère spéciale et presque lourde de savoir. Les œuvres d’artistes connus accrochées aux murs et le silence complet qui y règne sont difficiles à apprivoiser, mais en font un endroit parfait pour se plonger dans ses cours.

PRÉPARATION DU SÉJOUR

Je dois avouer que la préparation de ce grand voyage ne fut pas de tout repos entre la sélection par l’Université de Genève, la postulation à la bourse Bakala, l’obtention de mon visa et les vaccins à faire avant de partir.

ARRIVÉE

La faculté d’Harvard organise trois semaines complètes d’évènements introductifs pour les L.L.M dès le vingt août, dont nous avons également pu bénéficier. Les activités proposées allaient de la visite du campus à la soirée cinéma en plein-air, du tour de Boston en bateau amphibien au « speed friending ». Cela a été une réelle chance qui nous a été donnée de nous intégrer au milieu d’ L.L.M si brillants, venus des quatre coins du monde (cent nonante-huit au total). Certains sont encore étudiants, d’autres juges, d’autres encore ont suivi des études de philosophie, d’histoire de l’art, sont rapporteurs pour l’ONU, ancien footballer professionnel, mais tous parlent plusieurs langues et sont extrêmement motivés : une myriade de personnalités intéressantes que j’ai eu la chance de côtoyer pendant ces cinq mois, et un mélange de background et de cultures que seule l’université d’Harvard peut offrir. A côté, pas facile de se sentir à la hauteur ! 

RECHERCHE DE LOGEMENT

Bien que mon logement n’ait pas été financé par la Fondation Bakala, je trouvais important de le mentionner, car j’ai pu vivre le temps d’un semestre l’expérience du campus américain. Les chambres dans le campus d’ Harvard sont petites, mais individuelles, alors que les salles de bains et cuisines sont partagées par une trentaine d’étudiants. Là aussi, l’adaptation ne fut pas aisée: la promiscuité est toutefois compensée par le fait que le campus est au cœur-même de la Law School. A Genève, il me fallait près d’une heure pour me rendre à l’Université. Le campus offre aussi une chance unique de rencontrer des Américains qui font leur formation en droit (graduate school).

VIE UNIVERSITAIRE

Le processus de sélection des cours n’est pas des plus aisés. Alors qu’à Genève, une croix suffit à sélectionner un cours, à Harvard il y a tout un système de loterie et de priorités, avec des offres qui ne durent que vingt-quatre heures. Certains cours que j’avais en tête, notamment l’arbitrage, avaient une liste d’attente de plus de cent personnes. J’ai donc dû accepter l’idée que je devrai sortir de ma zone de confort et d’intérêts principaux pour choisir des enseignements qui ne m’avaient pas forcément tapé dans l’œil. A cela s’ajoute l’obligation de prendre dix crédits à Harvard et trois cours de trois crédits à Genève. Or, la plupart des cours qui m’intéressaient ne donnaient droit qu’à deux crédits. Ce fut donc un véritable casse-tête que j’ai pu résoudre grâce à l’aide précieuse des conseillères aux études sur place.

Finalement, j’ai opté pour trois cours fondamentaux et un séminaire et suis ravie de mon choix.


J’ai tout d’abord suivi « Capital Punishemnt in America », de l’excellente professeure Carole Steiker. J’ai choisi cet enseignement, car je trouve intéressant de me confronter à des partisans de la peine de mort venant d’un pays où elle a été abolie il y a bien longtemps déjà. Cette enseignante est l’une des meilleures spécialistes du pays sur la question et défend actuellement plusieurs prisonniers dans les couloirs de la mort. Ce cours fut sans doute le plus gros challenge de mon semestre. En effet, nous n’étions que deux personnes ne venant pas des Etats-Unis sur environ cent élèves et les lectures dépassaient les cent-cinquante pages par semaine. Les lectures consistaient d’ailleurs uniquement en extrait de la jurisprudence de la Cour Suprême, qui n’est pas aisée à comprendre pour un novice. De plus, à chaque enseignement, Madame Steiker appliquait le système dit du « cold call ». Cela revient à interroger pendant chaque cours une poignée d’élèves pour leur poser des questions très pointues sur les lectures au programme. Ce genre d’interrogations est un gros stress pour les étudiants américains... alors je vous laisse imaginer ce que ça a été pour moi. J’ai dû m’accrocher, notamment pour comprendre les notions de droit pénal américain que les autres étudiants avaient vues en première année. Au final, je pense qu’étudier la peine de mort aux Etats-Unis est notamment passionnant au vu des récentes évolutions de la jurisprudence, mais c’est aussi important pour une Européenne qui avait, comme moi, du mal à comprendre les fondements de cette institution.

 

Mon deuxième enseignement a été « American Jury » par le professeur Charles Nesson. Là aussi mon choix a été motivé par mes convictions personnelles et la différence qui existe sur le sujet entre notre pays et les Etats-Unis. En effet, alors que Genève a aboli il y a quelques années son dernier jury populaire, l’institution est un pilier inébranlable de la démocratie américaine.

Cet enseignement, donné par le professeur Nesson, fut l’un des plus marquants. Charles Nesson est une légende à Harvard et un grand défenseur de la liberté personnelle dans toutes ses facettes : du téléchargement de musique illégal sur Internet à la consommation de cannabis.

Il a été notamment l’avocat de Daniel Ellsberg en 1971 dans l’affaire du Pentagone. C’est un personnage totalement excentrique qui vient en cours avec son yorkshire nommé « sweetpea».

Professeur Nesson est un adepte des débats entre étudiants et l’actualité a fait que le cas Edward Snowden a pris une place importante dans nos discussions. Ce cours fut on ne peut plus éloigné des méthodes d’enseignement genevoises : pas de lectures, pas de livre, pas de fil conducteur, même pas d’examen, mais un travail à rendre sur un sujet de notre choix. J’ai choisi d’écrire sur l’abolition du jury populaire en Suisse et comparer cette décision avec le jury américain et ses fondements. Bien qu’un peu perturbée par cette méthode d’enseignement au début, j’ai pris plaisir à pouvoir échanger avec un professeur ouvert d’esprit et pour qui l’avis de ses étudiants est aussi important que le sien.

Le séminaire que j’ai suivi est dû à un concours de circonstances. C’était en effet le seul enseignement avec le nombre de crédits requis qui disposait encore de places. « Art of Social Change: Child Welfare, Education and Juvenile Justice » : tel est le nom de ce séminaire un peu mystérieux. Il s’agissait, en fait, de traiter de questions sociales telles que l’adoption internationale, la drogue chez les adolescents ou le problèmes des armes à feu aux Etats-Unis. Chaque semaine voyait son lot d’invités, souvent prestigieux, qui venaient développer leurs idées sur le sujet du jour. Nous, étudiants, avions pour tâche de lire le matériel fourni par ces invités et de leur poser des questions à l’avance, ainsi que lors du cours. A côté de cela, nous devions rendre plusieurs « response papers » tout au long du semestre. J’ai sélectionné cet enseignement par hasard et il s’est révélé être mon favori. J’ai pris un réel plaisir à débattre de questions sociales profondes qui se posent également en Suisse, quoique le plus souvent en des termes différents.

Pour terminer cette section avec une bonne nouvelle, je viens de recevoir mes résultats et ai réussi mes quatre cours. J’ai même ai obtenu un « high pass » pour le cours de « International Human Rights » de l’excellent professeur Gerald Neuman, membre du Comité des droits de l’Homme. Ce cours fut mon quatrième cours. Il est vrai que j’avais déjà suivi un cours sur le sujet à la Faculté de droit de Genève, mais c’est une discipline qui me passionne et je ne pouvais pas laisser passer la chance d’avoir pour enseignant Monsieur Neuman.

TEMPS LIBRE ET VIE SOCIALE

Harvard est une fourmilière académique, mais aussi sociale. Comme mentionné plus haut, la faculté met un point d’honneur à organiser des évènements afin que les étudiants fassent connaissance. C’est en effet essentiel dans un master où il y a, au maximum, quatre personnes venant d’un même pays ! Le plus souvent, les activités ont une facette académique pour satisfaire les goûts de l’étudiant d’Harvard : conférences, groupes de lecture, repas de midi avec invités, la liste est longue. Harvard est un lieu où l’on est en contact avec des gens de formations et d’origines différentes. Cela représente un atout précieux pour une carrière internationale et il est très agréable de pouvoir déjeuner en parlant de sujets académiques, sans se sentir rabat-joie, comme c’est souvent le cas à Genève.

Une des traditions bien ancrées à Harvard Law School est l’organisation d’un week-end automnal dans le Maine, où les paysages sont splendides en cette saison. Cent étudiants qui ont pu profiter de quatre maisons autour d’un lac isolé du Maine. Ce week-end reste un de mes meilleurs souvenirs de ce semestre.

Le semestre a donc été rythmé de sorties, visites culturelles de la région et de fêtes inconnues de nous Européens. Thanksgiving et surtout Halloween ont été l’occasion de s’immerger totalement dans la culture américaine.

DIVERS

Ce semestre à Harvard aura été une expérience inoubliable sur plusieurs plans. C’était tout d’abord un challenge académique : être étudiante dans une école aussi renommée, être à la hauteur face aux futurs leaders de la profession, fut très intimidant. Il y a eu des jours de léger découragement, mais je pense avoir été à la hauteur du défi. Les enseignements furent très exigeants, mais d’autant plus riches. Je suis heureuse d’avoir terminé mon cursus académique, du moins pour quelques années, car il me serait difficile de retourner à des méthodes d’enseignement plus européennes. En effet, j’ai pris goût au cadre informel des discussions, aux débats enflammés et à l’ambiance du campus américain. Ce semestre fut également un défi personnel. J’ai toujours voulu viser plus haut et après Zurich et Londres, Harvard aura été le point culminant de six années d’études universitaires. Ce semestre n’aurait tout simplement pas pu se concrétiser sans l’aide de la Fondation Bakala, qui a financé mes frais d’inscription. Je l’en remercie. J’espère pouvoir, à mon tour, encourager d’autres étudiants à franchir le pas et vivre une expérience similaire. En Suisse, beaucoup hésitent à se lancer alors qu’étudier à l’étranger permet de faire de vraies rencontres, ouvre l’esprit et élargit les horizons personnels. La lourdeur des démarches administratives et le coût élevé de ce type d’université sont, selon moi, les raisons principales du faible nombre de Suisses qui se lancent dans l’aventure, et je suis convaincue que la Fondation Bakala pourra être un moteur pour d’autres étudiants et leur permettre de saisir pleinement cette chance unique.

Mélisande Nussbaum - photos

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© Fondation Zdenek et Michaela Bakala